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Le Temps de la RAM Newsletter n° 13 (edition corrigée)
Avril 2017
  • Elections OMS : Interviews des candidats au poste de Directeur général
  • Lettre aux candidats à la Présidence en France
Elections OMS : Interviews des candidats au poste de Directeur général- Garance Fannie Upham

Nous avons envoyé trois séries de questions avec choix multiple à chacun des trois candidats aux prochaines élections en mai pour le poste de Directeur général (DG) de l'Organisation mondiale de la Santé:

 
  • Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, présenté par le gouvernement de l'Ethiopie
  • Le Dr Sania Nishtar, présentée par le gouvernement du Pakistan
  • Le Dr David Nabarro, présenté par le gouvernement du Royaume-Uni de l'Angleterre et de l'Irelande du Nord
Nous nous sommes demandés dans quel ordre présenter leurs réponses? Alphabétiquement? Nous avons décidé, finalement, de les présenter dans l'ordre dans lequel nous avons reçu les réponses. Nous avons noté qu'aucun ne voulait faire un choix de priorité.
Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus
Le Temps de la RAM: En tant que DG de l'OMS, comment commencer à mettre en œuvre le Plan d’Action mondial pour Combattre la Résistance aux Antimicrobiens, (GAPAMR) adopté l'année dernière par l'Assemblée mondiale de la Santé? Dans quel ordre placeriez-vous les priorités ci-dessous et pourquoi?

1- Le Stewardship ou Bon-Usage - une meilleure gestion des antibiotiques dans les soins de santé.
2- Le Contrôle infectieux – faire en sorte que le système de santé ne propage pas la RAM.
3- La Surveillance, en santé humaine et /ou animale


Dr Tedros A. Ghebreyesus: L'objectif principal du plan d'action mondial est d'assurer la continuité de l’efficacité des traitements et de la prévention des maladies infectieuses avec des médicaments de qualité et sûrs qui soient accessibles à tous ceux qui en ont besoin et utilisés de manière responsable. Ces trois priorités sont importantes pour traiter de la RAM - et elles doivent être abordées en parallèle parce qu'elles sont interconnectées. 
Nous avons besoin d'une surveillance pour mieux comprendre le défi auquel nous sommes confrontés et savoir quand un pathogène résistant se propage ou quand un nouveau est apparu. Le contrôle infectieux est à même de stopper la propagation des agents pathogènes. Entre-temps, une meilleure gestion des antibiotiques est nécessaire pour bloquer le développement de la résistance antimicrobienne en premier lieu. Nous devrions également renforcer les efforts en vue de développer et de respecter le cadre de bon usage pour une meilleure gestion des antibiotiques chez l’homme, chez l’animal, et pour les produits agricoles et promouvoir l'approche dite de "One Health": « Une Seule Santé ».

Le Temps de la RAM: Comment envisageriez-vous les priorités de la RAM en ce qui concerne le changement climatique et la santé et pourquoi? 
Le changement climatique implique des événements météorologiques plus extrêmes, notamment des inondations, ce qui est alors le plus important c'est:
1- La résilience des systèmes de santé?
2- Une meilleure infrastructure d'approvisionnement en eau et d'assainissement?


Dr Tedros A. Ghebreyesus: La RAM et les impacts du changement climatique sur la santé sont dans mes priorités de leadership en tant que candidat au poste de directeur général. Ni l'un ni l'autre n'est limité par les frontières nationales, régionales ou continentales. Les deux sont des défis réellement globaux. L'engagement en faveur des objectifs de développement durable (ODD) offre une occasion unique de relever nos défis en matière de santé d'une manière globale et intégrée. Assurer la couverture sanitaire universelle, la CSU, devrait être le centre de gravité pour la mise en œuvre non seulement des objectifs santé des ODD mais aussi de tous les objectifs. 
Cela aidera à renforcer un système de santé qui soit résilient, avec de solides soins de santé primaires, une préparation et une réponse efficace aux urgences de santé publique ainsi que les éléments essentiels d'une vie saine, dont l'eau et l'infrastructure sanitaire. 

"La RAM et les impacts du changement climatique sur la santé sont dans mes priorités de leadership en tant que candidat au poste de directeur général."

Parce que ces questions supplantent les frontières nationales et régionales, l'OMS peut être une voix forte pour les combattre. Au cours des dernières années, il y a eu de grands progrès sur ces deux questions, notamment l'Accord de Paris sur le changement climatique et le GAPAMR, et l'OMS a fait un excellent travail en maintenant ces questions à l'ordre du jour. L'OMS doit intensifier ses efforts et établir des partenariats interinstitutionnels et intersectoriels pour mieux comprendre et traiter les effets du changement climatique sur la santé et améliorer les instruments d'accès au financement du climat. L'OMS n'est pas l'experte technique sur toutes ces questions, mais je crois qu'elle peut ouvrir la voie pour décloisonner nos objectifs de développement et forger de nouveaux modèles pour engager et collaborer avec les différentes parties prenantes.

Le Temps de la RAM: Comment envisagez-vous de travailler avec la société civile à but non lucratif,  et la priorité pour vous serait de:
1- Mettre en œuvre la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), afin de renforcer les moyens de faire face à la RAM ?
2- Réussir à maitriser la Tuberculose et le VIH alors que la résistance aux médicaments antirétroviraux et anti-tuberculeux augmente?
3- Gérer les MNT, en considérant que le traitement du cancer est menacé par la résistance aux antibiotiques?


Dr Tedros A. Ghebreyesus: La société civile est un acteur et un partenaire essentiel dans la santé mondiale - elle aide à nous tenir tous responsables, apporte de nouvelles idées, donne la parole aux sans voix et marginalisés, et agit comme nos plus grands défenseurs quand nous faisons un bon travail. Si vous examinez de nombreuses autres entités mondiales de la santé telles que le Fond mondial, GAVI et UNITAID, elles incluent la société civile en tant que partenaires à part entière. C'est l'ordre nouveau sur lequel l'OMS devrait également être alignée. L'OMS est quelque peu différente du fait qu'il s'agisse d'une organisation dont les membres sont des Etats. Mais je crois que les partenariats et la collaboration, y compris ceux avec la société civile, seront essentiels pour que l'OMS puisse honorer son mandat. Le cadre d'engagement avec des acteurs non étatiques (FENSA) récemment accepté devrait fournir un moyen systématique d'améliorer et de faciliter l'accès de la société civile aux fonctions de l'OMS sans compromettre son rôle normatif et de standardisation ou la protection contre les conflits d'intérêts.
Pour ce qui est des questions spécifiques, à mon avis, toutes les routes devraient mener à la Couverture sanitaire universelle. Par conséquent, j'ai fait de la CSU mon objectif prioritaire. C'est un objectif ambitieux, mais qui peut et doit être atteint pour créer un monde plus sain et plus équitable. Un engagement accru en faveur des soins de santé universels aidera à élaborer et à fournir des médicaments abordables, efficaces, sûrs et de qualité pour les maladies qui affectent de façon disproportionnée les pays en développement et les populations vulnérables et qui restent insuffisamment pris en compte en raison des défaillances du marché. Continuer à intensifier le traitement du VIH et de la TB - et faire face aux taux croissants de résistance - devrait figurer parmi les priorités de nos efforts de lutte contre la RAM. Nous avons fait des progrès considérables sur ces maladies au cours des dernières décennies, et je suis vivement préoccupé par le fait que la résistance puisse ralentir ces progrès. En 2015, par exemple, l'OMS a estimé qu'il y avait plus d'un demi-million de nouveaux cas de tuberculose pharmacorésistante qui nécessitaient un traitement, mais seulement 20% d'entre eux ont été traités. Et seuls 50% des personnes traitées l'ont été avec succès. Nous ne pouvons pas sous-estimer cette crise et nous devons faire mieux pour identifier, suivre et gérer ces cas de tuberculose résistants aux médicaments dans le cadre de nos efforts contre la RAM.

"Un engagement accru en faveur des soins de santé universels aidera à élaborer et à fournir des médicaments abordables, efficaces, sûrs et de qualité pour les maladies qui affectent de façon disproportionnée les pays en développement et les populations vulnérables et qui restent insuffisamment pris en compte en raison des défaillances du marché."

La lutte contre les MNT comme le cancer, les maladies cardiaques, les maladies respiratoires chroniques et le diabète est aussi l'une de mes priorités pour l'OMS. Nous devons le faire en élargissant les approches fondées sur des données probantes en matière de prévention, de diagnostic et de traitement, en favorisant des modes de vie saine et en prenant des décisions éclairées, en renforçant la prévention et le traitement de la toxicomanie et en accélérant la mise en œuvre de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. Dans ce cas, nous pouvons appliquer ce que nous avons appris du traitement des maladies transmissibles pendant des décennies.
Dr Sania Nishtar
Le Temps de la RAM: En tant que DG de l'OMS, comment commencer à mettre en œuvre le Plan d’Action mondial pour Combattre la Résistance aux Antimicrobiens, (GAPAMR) adopté l'année dernière par l'Assemblée mondiale de la Santé? Dans quel ordre placeriez-vous les priorités ci-dessous et pourquoi?

1- Le Stewardship ou Bon-Usage - une meilleure gestion des antibiotiques dans les soins de santé.
2- Le Contrôle infectieux – faire en sorte que le système de santé ne propage pas la RAM.
3- La Surveillance, en santé humaine et /ou animale.


Dr Sania Nishtar: Le prochain Directeur général est chargé d'aborder la réalité et l'urgence de la crise de la résistance aux antimicrobiens. Cela entraînera l'engagement et la responsabilité des priorités définies dans le Plan d’Action mondial, le GAPAMR: améliorer la sensibilisation et la compréhension du problème par la communication, l'éducation et la formation; renforcer les preuves par la surveillance et la recherche; réduire l'incidence des maladies infectieuses, en particulier celles qui sont moins vulnérables aux thérapies existantes; et de travailler avec d'autres organismes mondiaux, dont la FAO, l'OIE, la Banque mondiale et le secteur privé pour estimer les impacts économiques et s'engager à investir durablement dans de nouveaux outils de lutte contre les maladies infectieuses.
Le rôle du DG dans la mise en œuvre de ces principes implique un engagement au niveau mondial, national, et régional avec un éventail de parties prenantes pour s'assurer que l'OMS serve d'organe de coordination, de collecteur de preuves et soit l’instigatrice de directives synchronisées et de mécanismes de surveillance pour lutter contre la RAM. Globalement, cela impliquera la collaboration avec d'autres organismes des Nations Unies, des institutions économiques internationales, G7, G20, G77, la FAO et l'OIE pour générer du matériel de formation de base, convoquer des comités d'experts et défendre des politiques nationales et internationales responsables qui soutiennent la prévention et le confinement des maladies grâce à une surveillance et une coopération solides. En outre, le DG est chargé de superviser le développement et l'approbation des plans d'action nationaux et des politiques de gestion des antibiotiques par les États membres qui reflètent les principes importants de l'engagement multisectoriel, la prévention en tant que priorité, l'équité dans l'accès aux mesures préventives et curatives et le développement et l'adhésion aux cadres d'établissement et de suivi des cibles progressives et mesurables. D'une manière plus générale, les progrès significatifs dans l'effort mondial visant à prévenir et à s'adapter à la RAM entraîneront des réformes substantielles des systèmes à différents niveaux; quelque chose que j'ai promulgué et supervisé au cours de ma carrière jusqu'à présent.
En tant que responsable technique de l'organisation, le DG est également chargé de superviser le rôle important de l'OMS en matière de normes et de standards en relation avec la RAM; par exemple, des lignes directrices pour le contrôle et la prévention des infections, une liste d'antimicrobiens d'importance critique et des listes de pathogènes prioritaires pour guider les stratégies de R&D. Le DG doit également superviser la consolidation du Système mondial de surveillance de la RAM et catalyser les incitations à la R&D en cas de défaillance du marché. Dans l'ensemble, le DG doit exercer son leadership pour mobiliser l'engagement politique multisectoriel nécessaire au plus haut niveau et les actions des États membres et des partenaires de l'OMS dans la communauté scientifique et l'industrie pharmaceutique.
En ce qui concerne les trois priorités énumérées, il est crucial qu'elles soient exécutées en coordination les unes avec les autres plutôt que d'être classées séquentiellement. La prévention est un principe clé du Plan d'action mondial, mais aussi une fonction fondamentale de l'OMS découlant de son mandat de promouvoir le meilleur niveau de santé possible pour tous les peuples. La prévention et la gestion des maladies infectieuses et plus largement leurs impacts économiques et sociaux ne peuvent être priorisés sans la mise en place d'un système de surveillance efficace. De même, la promotion de la gestion est impossible sans un système de surveillance solide des agents pathogènes, des pratiques de prescription et des comportements de consommation d'antibiotiques dans différents contextes. 

    "En ce qui concerne les trois priorités énumérées, il est crucial qu'elles soient exécutées en coordination les unes avec les autres plutôt que d'être classées séquentiellement"

Ces trois priorités sont donc inextricablement liées et le rôle du DG consiste à veiller à ce qu'elles soient mises en œuvre en parallèle et en coordination avec les principales parties prenantes au-delà des frontières. Enfin, en ce qui concerne la santé animale, je voudrais souligner l'importance de la collaboration dite Tripartite, composée de la FAO, de l'OIE et de l'OMS. Je soutiendrai pleinement cette collaboration.
L'OMS doit soutenir techniquement les pays pour élaborer et mettre en œuvre des plans nationaux et aider à l'élaboration de politiques de gestion des antibiotiques. En étroite collaboration avec la FAO et l'OIE, l'OMS devrait soutenir les pays à mesure qu'ils développent et mettent en œuvre leurs propres plans d'action nationaux contre la RAM. A la réunion de haut niveau de l’AG de l’ONU, il y a eu un soutien politique important pour lutter contre la RAM. Je veillerai à ce que les mots soient mis en action et élaborerai une feuille de route claire suivie d'engagements. Sous mon leadership, le programme sur la RAM restera une initiative spéciale au sein du Bureau du Directeur général. S'attaquer à la RAM nécessite des mesures pour traiter les problèmes transversaux liés à la santé animale et humaine, à l'agriculture, à l'alimentation et à l'environnement.

Le Temps de la RAM: Comment envisageriez-vous les priorités de la RAM en ce qui concerne le changement climatique et la santé et pourquoi? 
Le changement climatique implique des événements météorologiques plus extrêmes, notamment des inondations, ce qui est alors le plus important c'est:
1- La résilience des systèmes de santé?
2- Une meilleure infrastructure d'approvisionnement en eau et d'assainissement?


Dr Sania Nishtar: Le changement climatique et la crise liée aux antibiotiques posent de nombreux défis parallèles et coïncidant avec le contrôle global de la maladie et à la promotion de la santé. Le changement climatique implique la menace de nouveaux agents pathogènes, l'évolution de l'épidémiologie des systèmes existants et un nombre croissant d'événements susceptibles de perturber ou d'affaiblir les systèmes de santé. La résistance aux antimicrobiens disponibles aggrave ces risques; Les foyers déclenchés par les événements climatiques seront plus difficiles à contrôler et la gestion de la RAM est fortement tributaire de l'intégrité de l'infrastructure de surveillance intégrée. En outre, les changements climatiques et la RAM représentent un risque commun pour la sécurité alimentaire; Les changements climatiques et les microbes résistants menacent la continuité de nombreuses pratiques agricoles existantes. Ensemble, ces crises peuvent influencer leurs impacts mutuels sur la santé et il appartient à la communauté mondiale de la santé d'identifier les domaines d'intégration et de recouper des stratégies préventives et des plans d'action approuvés par l'OMS.
Il existe divers domaines dans lesquels les approches et l'infrastructure nécessaires pour lutter contre ces deux questions se chevauchent, telles que la préparation à la prévention des crises, l'infrastructure hydrique et d’assainissement, le renforcement des systèmes de santé, la surveillance et le changement de comportement. Par conséquent, le rôle de l'OMS consiste à harmoniser les efforts dans différents secteurs et à veiller à ce que les stratégies de prévention et d'adaptation à la fois pour la RAM et le changement climatique soient intégrées dans la santé, le développement et l'économie dans tous les secteurs et toutes les régions. En ce qui concerne la question de savoir si les systèmes de santé résilients ou une meilleure infrastructure d'eau et d'assainissement sont une priorité, je dirais que les deux sont des éléments essentiels de la prévention et du contrôle des maladies réussies, ce qui constitue une fonction fondamentale de l'OMS. Du point de vue de la prévention de la RAM, l'eau et l'assainissement en sont les pierres angulaires. L'infrastructure de l'eau et de l'assainissement est un principe fondamental des principes de santé publique depuis la création du travail de santé publique, ce qui a une pertinence particulière pour minimiser les épidémies liées au climat. En particulier, en ce qui concerne la question de la RAM, les systèmes de santé résilients seront adéquats pour le suivi, la prévention et le contrôle de la propagation des agents pathogènes résistants. Ils sont également nécessaires pour atténuer les défis qui découlent des migrations liées au climat. Par exemple, les données résilientes et coordonnées des systèmes de santé sont essentielles pour minimiser la propagation de la maladie découlant de déplacements en raison des événements climatiques. 
    
    "Du point de vue de la prévention de la RAM, l'eau et l'assainissement en sont les pierres angulaires."

L'OMS doit s'engager à travailler avec d'autres organismes afin de s'assurer que ces deux stratégies soient prioritaires pour prévenir et gérer les crises de santé posées par le changement climatique et la résistance aux antimicrobiens.

Le Temps de la RAM: Comment envisagez-vous de travailler avec la société civile à but non lucratif,  et la priorité pour vous serait de:
1- Mettre en œuvre la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), afin de renforcer les moyens de faire face à la RAM?
2- Réussir à maitriser la Tuberculose et le VIH alors que la résistance aux médicaments antirétroviraux et anti-tuberculeux augmente?
3- Gérer les MNT, en considérant que le traitement du cancer est menacé par la résistance aux antibiotiques?


Dr Sania Nishtar: M'étant engagée dans la lutte contre les antimicrobiens de points de vue différents dans le cadre de mes fonctions au sein du gouvernement et de la société civile, je crois que la collaboration dans ces secteurs sera cruciale pour mieux comprendre les défis et générer des solutions fondées sur des données probantes et empiriquement fondées. Il est essentiel que la société civile soit engagée et habilitée à remplir son rôle en aidant à comprendre les problèmes liés à la résistance aux antimicrobiens. Plus précisément, en référence à chacune de ces questions:
La CSU: les organisations de la société civile sont spécialement prêtes à informer les organismes internationaux tels que l'OMS sur les questions d'équité et d'accès, et le font souvent dans une perspective très différente de celle des agences gouvernementales. EIles jouent un rôle essentiel en mettant l'accent sur les voix et les expériences des groupes marginalisés ou stigmatisés et attirent l'attention sur les besoins particuliers des différentes populations. En tant que tel, leur voix joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre de la Couverture universelle de la santé, avec pour credo l'équité, l'accès et la non-discrimination.
TB / VIH: les maladies infectieuses chroniques ou à long termes comme la tuberculose et le VIH posent des défis importants à nos efforts pour lutter contre la RAM en raison des longs traitements thérapeutiques et de la forte probabilité de ne pas le finaliser. De plus, elles sont souvent très stigmatisées et ceux qui en souffrent peuvent être difficiles d'accès ou réticents à demander de l'aide ou à s'entretenir ouvertement avec les professionnels de la santé au sujet du traitement approprié et des comportements à risques. La société civile peut aider à aborder et à faire état des questions telles que la stigmatisation, promouvoir des matériels éducatifs et des changements de comportement et s'engager avec des groupes vulnérables avec un niveau d'accès que le gouvernement peut ne pas avoir. Elle peut paraitre plus digne de confiance par divers acteurs au sein de la communauté et est donc essentielle à l'approche holistique visant à promouvoir une meilleure gestion de ces conditions physiquement et socio-émotionnellement difficiles.

La résistance aux antimicrobiens est une menace sérieuse pour la prise en charge des MNT en raison de la possibilité de compromettre la sécurité pendant et après les interventions chirurgicales, la stérilité des milieux hospitaliers et le traitement du cancer. Actuellement, de nombreuses initiatives et institutions les traitent comme deux problèmes non liés, mais sous la menace de la gestion des MNT ainsi que des complications anticipées des systèmes de santé qui se produiront dans le contexte de la résurgence des maladies infectieuses par le biais de la RAM, il est dans l'intérêt de tous si des groupes disparates alignent leurs efforts plus étroitement. L'OMS doit être pionnière et superviser davantage la collaboration entre les programmes de lutte contre les maladies infectieuses et non transmissibles dans les années à venir, à la fois comme un outil de préparation aux nouveaux défis que la RAM pose aux deux enjeux et comme une plate-forme permettant de renforcer les systèmes de santé. À cet égard, je voudrais mentionner que je vais également donner la parole aux groupes de consommateurs, car ils contribuent à faire pression sur l'industrie alimentaire pour produire des aliments sans antibiotiques.

    "D'une manière plus générale, à l'instar de la fonction de l'OMS, la société civile joue un rôle crucial dans la représentation, le travail et la communication entre des acteurs très différents dont l'adhésion et la collaboration sont nécessaires pour lutter contre la RAM."

Par exemple, la société civile appuie les changements substantiels à la politique et à la pratique grâce à sa capacité à s'engager avec le secteur privé de manière différente des gouvernements ou des élus. Les efforts visant à freiner la résistance aux antimicrobiens doivent impliquer la responsabilité et la régulation des pratiques pharmaceutiques et des leaders de l'industrie privée, tout en étant prêts à investir et à innover dans de nouvelles stratégies diagnostiques et thérapeutiques pour surveiller et lutter contre les agents résistants. En tant que tel, l'engagement de la société civile avec le secteur privé sera un outil clé dans le mouvement unifié pour combattre la RAM.
Dr David Nabarro
Le Temps de la RAM: En tant que DG de l'OMS, comment commencer à mettre en œuvre le Plan d’Action mondial pour Combattre la Résistance aux Antimicrobiens, (GAPAMR) adopté l'année dernière par l'Assemblée mondiale de la Santé ? Dans quel ordre placeriez-vous les priorités ci-dessous et pourquoi?
1- Le Stewardship ou Bon-Usage - une meilleure gestion des antibiotiques dans les soins de santé.
2- Le Contrôle infectieux – faire en sorte que le système de santé ne propage pas la RAM.
3- La Surveillance, en santé humaine et /ou animale


Dr David Nabarro: Le Plan mondial sert de ligne directrice et présente cinq objectifs stratégiques:
•    Améliorer la prise de conscience et la compréhension de la résistance aux antimicrobiens
•    Renforcer les connaissances par la surveillance et la recherche;
•    Réduire l'incidence de l'infection;
•    Optimiser l'utilisation d'agents antimicrobiens; et
•    Développer le plan économique qui vise un investissement durable tenant compte des besoins de tous les pays et accroître l'investissement dans de nouveaux médicaments, outils diagnostiques, vaccins et dans d'autres interventions.

L'OMS a un rôle unique à jouer: mener et coordonner la sensibilisation, la mobilisation politique, l'établissement d'un consensus, la promotion des partenariats et le suivi des progrès. La question a bénéficié d'un traitement prioritaire avec le Secrétariat RAM situé au Bureau du Directeur général. Il coordonne les travaux sur la RAM entre les différents départements du siège et les bureaux nationaux et régionaux de l'OMS.
L'OMS collabore avec la FAO et l'OIE pour appuyer une approche Une Seule Santé, en prenant les mesures nécessaires dans le cadre de chacun des cinq objectifs du Plan mondial et en aidant les pays à élaborer et à mettre en œuvre des plans d'action nationaux contre la RAM. La prioritisation  des actions dépendra de ce dont les pays ont besoin et de l'appui qu'ils recherchent.
La Déclaration politique lors de la réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU, le 21 septembre, a reflété un accord pour agir parmi les dirigeants de 193 pays. La déclaration a souligné l'urgence de l'action, souligné la nécessité d'une approche multisectorielle et a prié le Secrétaire général de l'ONU d'établir un mécanisme inter-institutionnel pour stimuler les progrès.
Les travaux de l'OMS reflèteront les directives de cette déclaration politique, en soutenant les États membres au fur et à mesure qu'ils adoptent des plans d'action nationaux. Cela signifie aider à sensibiliser et permettre une situation économique favorable; Analyser la progression de la RAM par la surveillance, la prévention et le contrôle des infections; Et optimiser l'utilisation d'agents antimicrobiens. Chaque objectif du Plan d'action mondial sera important dans tous les pays. Les actions à mener en priorité dépendront de la manière dont la situation dans un pays est, elle-même, vue comme prioritaire par l'autorité nationale dans son plan d'action national.
Dans de nombreux pays, la principale menace pour la santé et le bien-être des gens est qu'ils n'ont pas accès à des antimicrobiens efficaces. Cela peut être une menace plus grande que la RAM. D'où la nécessité de veiller à ce que toutes les personnes puissent accéder à des soins de santé de qualité lorsqu'ils en ont besoin et que des obstacles à l'accès (y compris l'accès aux antimicrobiens) soient supprimés.

Concernant le Bon usage: Une utilisation prodigue des antibiotiques peut stimuler l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques chez les humains, les animaux et l'environnement. Les antibiotiques sont précieux et réduire l'utilisation inutile - dans tous les contextes - est essentiel pour maintenir leur efficacité et prévenir la RAM. Cela peut être obtenu grâce à une prescription fondée sur des preuves, aidée par des moyens pour comprendre quelles bactéries sont associées aux infections. Cela souligne l'importance de développer, de diffuser et d'utiliser des outils diagnostiques fiables, rapides et peu coûteux pour les animaux et les humains afin d'optimiser l'utilisation d'agents antimicrobiens dans les soins de santé.
Les organisations multilatérales, y compris l'OMS, collaborent avec les autorités nationales pour encourager, (a) une meilleure formation et supervision de ceux qui prescrivent et utilisent des antibiotiques afin d'accroître l'adhésion aux régimes de traitement fondés sur des données probantes, (b) des mesures d'assurance de la qualité pour prévenir la prescription et l'utilisation d'antibiotiques de mauvaise qualité et, (c) la restriction de l'utilisation d'antibiotiques dans la santé humaine et animale aux situations dans lesquelles ils sont cliniquement indiqués.

    "Concernant le contrôle infectieux: Le besoin d'antibiotiques peut être réduit en diminuant l'incidence de l'infection bactérienne - en prévenant l'infection. Cela implique la mise en œuvre (...) ce qu’on appelle le contrôle infectieux. 
    Si les infections sont incontrôlées, il existe une probabilité accrue de propagation des infections résistantes au traitement.
    Les hôpitaux sont des propagateurs importants de Microbes résistants aux traitements"


Concernant le contrôle infectieux: Le besoin d'antibiotiques peut être réduit en diminuant l'incidence de l'infection bactérienne - en prévenant l'infection. Cela implique la mise en œuvre de pratiques qui empêchent la propagation d’infections bactériennes, et de foyer épidémiques, ce qu’on appelle le contrôle infectieux.
Si les infections sont incontrôlées, il existe une probabilité accrue de propagation des infections résistantes au traitement. En particulier lors des épidémies de maladies infectieuses. Les pratiques efficaces en matière de contrôle infectieux (IPC) sont particulièrement importantes dans les unités (hospitalières et cliniques) offrant des soins de santé. Les personnes (y compris les agents de santé) qui se déplacent entre les patients sans se désinfecter peuvent involontairement contribuer à la propagation d'organismes résistants, à prolonger les maladies, l'hospitalisation et à augmenter les coûts.

Les hôpitaux sont des propagateurs importants de Microbes résistants aux traitements (MRAMs): les travailleurs de la santé peuvent être exposés à un risque accru d'acquérir des infections résistantes. D'autres endroits où les personnes sont en contact étroit - par exemple, les prisons - peuvent également être importants pour la diffusion des MRAMs.
L'assainissement et le lavage des mains, ainsi que la sécurité des aliments et la salubrité de l'eau, la sécurité de l'injection et les pratiques sexuelles protégées sont des éléments centraux du contrôle des infections. Cela contribue à réduire la propagation des MRAMs.
Concernant la surveillance: Nous ne pouvons réagir correctement à une menace infectieuse si nous savons ce qu'elle est, où est-ce qu'elle est, quelle est son ampleur et sa progression. Ceci est possible grâce à des informations normalisées et fiables - dits systèmes de surveillance de la RAM. Ils fournissent des alertes anticipées sur les menaces des RAM émergentes et les tendances à long terme. Ils orientent la politique et permettent aux personnes impliquées de faire des interventions ponctuelles en santé publique. Ils permettent aux professionnels de la santé de prendre des décisions cliniques éclairées et cela conduit à de meilleurs résultats.
L'OMS a la légitimité et les systèmes nécessaires pour mener une surveillance globale en fonction des données de surveillance fournies par les pays. Le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (GLASS) encourage une approche normalisée de la collecte et de l'analyse des données des patients, des laboratoires et des populations: cela contribue également à la production et au partage d'informations nationales sur les MRAMs. Cela fournit alors la base empirique pour la prise de décision et le plaidoyer auprès des professionnels et du grand public.
Concernant l'accès: L'OMS estime que 30% des personnes dans les pays les plus pauvres - et 50% des personnes en Afrique subsaharienne - n'ont pas accès à des médicaments essentiels et efficaces. Les gouvernements cherchent à améliorer l'accès des personnes aux médicaments de qualité, à empêcher les contrefaçons d'entrer dans la chaîne d'approvisionnement et à encourager la prescription responsable d'antimicrobiens.

    Concernant l'accès: L'OMS estime que 30% des personnes dans les pays les plus pauvres - et 50% des personnes en Afrique subsaharienne - n'ont pas accès à des médicaments essentiels et efficaces...

Le Temps de la RAM: Comment envisageriez-vous les priorités de la RAM en ce qui concerne le changement climatique et la santé et pourquoi? 
Le changement climatique implique des événements météorologiques plus extrêmes, notamment des inondations, ce qui est alors le plus important c'est:
1- La résilience des systèmes de santé?
2- Une meilleure infrastructure d'approvisionnement en eau et d'assainissement?


Dr David Nabarro: La santé des gens sera de plus en plus affectée par les conséquences du changement climatique. Qu'il s'agisse d'impacts directs sur la vie des personnes à la suite d'événements extrêmes tels que les inondations et les vagues de chaleur, ou indirects sur la santé en raison de l'insécurité alimentaire, des changements des patterns de vecteurs de maladies, des maladies alimentaires et hydriques, des dommages aux infrastructures et aux services, des conflits violents et à la migration.
Les risques peuvent être réduits grâce à une action visant à limiter les changements climatiques - en particulier une transition mondiale vers des économies à faible émission de carbone. Cela signifie réduire les émissions atmosphériques de substances qui contribuent au changement climatique: de telles actions ont souvent des avantages directs sur la santé (plus d'activité, de meilleurs régimes alimentaires et un air plus propre). Tous ces changements préviendront les maladies non transmissibles.
Les conséquences peuvent être réduites en augmentant la résilience dans les sociétés menacées. Cela comprend la réduction des risques associés aux mauvaises conditions météorologiques grâce à de solides services de santé publique (eau potable et services d'assainissement, de vaccination et de santé infantile), des infrastructures pour réduire les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes et la diminution de la pauvreté.
Il existe un certain nombre de liens entre le défi de la lutte contre la RAM et le défi du changement climatique pour la santé. Les changements climatiques vont modifier l'incidence et la répartition des maladies infectieuses, à la fois par des mécanismes directs et indirects, et l'augmentation de la charge mondiale des maladies infectieuses aura une incidence sur la RAM.

Le Temps de la RAM: Comment envisagez-vous de travailler avec la société civile à but non lucratif,  et la priorité pour vous serait de:
1- Mettre en œuvre la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), afin de renforcer les moyens de faire face à la RAM?
2 – Réussir à maitriser la Tuberculose et le VIH alors que la résistance aux médicaments antirétroviraux et anti-tuberculeux augmente?
3 - Gérer les MNT, en considérant que le traitement du cancer est menacé par la résistance aux antibiotiques?


David Nabarro: La société civile est déjà engagée de manière significative sur les thèmes de la résistance aux médicaments contre le VIH et la tuberculose, mais à l'exception des réunions de haut niveau (par exemple, l'AG de l’ONU), il y a eu un engagement limité à ce jour contre la RAM. Il est possible de renforcer la participation des organisations de la société civile au programme contre la RAM. La société civile joue un rôle dans la prestation des services (dont la promotion des services de qualité, la gestion de la prestation des services et le soutien au traitement respectueux de meilleures pratiques); la responsabilisation (le suivi des engagements nationaux et mondiaux et la promotion/ sensibilisation).
1. Couverture Sanitaire universelle (CSU) et la RAM : Des progrès vers une Couverture sanitaire universelle sont nécessaires pour répondre à la RAM car les systèmes de santé et les services de base plus solides impliquent des actions directes et précises.
La RAM devrait faire partie du programme de la CSU et généralisée dans le renforcement des systèmes de santé avec certains éléments nécessitant une attention particulière (par exemple, le comportement du prescripteur, la surveillance des laboratoires et diagnostic). Il est important d'éviter que la RAM ne devienne une autre question verticale (nous savons que les réseaux et les actions des OSC suivent souvent le financement).

    "La RAM devrait faire partie du programme de la CSU et généralisée dans le renforcement des systèmes de santé avec certains éléments nécessitant une attention particulière (par exemple, le comportement du prescripteur, la surveillance des laboratoires et diagnostic)."

Les patients doivent pouvoir aller au bout de leur traitement (le respect du traitement est lié à l'accessibilité) et veiller à ce que les gouvernements mettent progressivement en œuvre la CSU.
Le DG de l'OMS devrait veiller à ce que les mécanismes de suivi des Nations Unies tels que le Groupe de coordination inter-institutions sur la RAM portent la voix de la société civile.
Le rapport de suivi mondial de l'OMS sur la CSU produit en 2015 a examiné l'accès aux services essentiels de santé dans le monde entier - en particulier la planification familiale, les soins prénatals, accès à l'accouchement assisté par une personne qualifiée, la vaccination des enfants, la thérapie antirétrovirale, le traitement de la tuberculose et la disponibilité de l'eau potable et de l'assainissement. Plus de:
•    400 millions de personnes n'ont pas accès à au moins un de ces services.
•    6% de la population, dans 37 pays, ont sombré dans l'extrême pauvreté (1,25 $ / jour) en raison de services de santé payés de leur propre poche.
•    17% des personnes dans ces pays ont été appauvries ou appauvries davantage par les dépenses de santé.
Grâce à la société civile, les citoyens peuvent établir leurs propres services pour les soins de santé, rechercher des services de qualité et aider à les gérer et à en répondre. Par le processus budgétaire participatif, le suivi des dépenses publiques et le suivi communautaire, les citoyens peuvent s'associer avec les gouvernements et les fournisseurs de services.
2: Traitement contre le VIH et la tuberculose et la RAM: Dans le traitement du VIH, la thérapie antirétrovirale (ART) est l'une des plus grandes réalisations en santé publique de la dernière décennie. Depuis 2012, il y a eu une augmentation des rapports sur la résistance élevée aux médicaments contre le VIH (HIVDR): Des ARV de première ligne. Dans certains cas, le pourcentage de personnes séropositives résistantes aux traitements contre le VIH a atteint 10%. Jusqu'à 35% des personnes qui ont eu une exposition antérieure aux ARV présentent une résistance à un ou plusieurs ARV lorsqu'ils commencent.
La société civile joue un rôle essentiel dans l'observance du traitement et dans la prévention de la résistance dans les programmes de traitement contre le VIH.
En 2015, il y avait environ 480 000 nouveaux cas de tuberculose multirésistante. Il existe une alliance très forte de groupes de pression et de scientifiques engagés pour mettre à l'ordre du jour et à attirer l'attention sur la tuberculose multirésistante. Certains mettent en œuvre des services alors que d'autres militent ou font les deux. Alors que nous reconnaissons l'urgence d'aborder la résistance aux antituberculeux, nous ne voudrions pas voir d'autres recherches sur la RAM être repoussées en conséquence.

    "Dans certains cas, le pourcentage de personnes séropositives résistantes aux traitements contre le VIH a atteint 10%. Jusqu'à 35% des personnes qui ont eu une exposition antérieure aux ARV présentent une résistance à un ou plusieurs ARV lorsqu'ils commencent."

L'attention portée à cette interaction permettrait de maximiser les possibilités de détecter et de traiter à la fois les maladies non transmissibles et les maladies infectieuses grâce à des services de soins de santé primaires et spécialisés. Par exemple, les fumeurs de tabac et les personnes atteintes de diabète, les troubles liés à l'alcool, l'immunosuppression ou l'exposition à la fumée secondaire présentent un risque plus élevé de développer une tuberculose. Comme le diagnostic de tuberculose est souvent manqué chez les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques, la collaboration dans le dépistage du diabète et des maladies respiratoires chroniques dans les cliniques de tuberculose et du dépistage de la tuberculose dans les cliniques de maladies non transmissibles pourrait améliorer la détection de cas.
3: Maladie(s) non transmissible(s) (MNT): Il existe un risque plus élevé chez les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables qui subissent simultanément des maladies transmissibles et non transmissibles: cela entraîne une augmentation des menaces en terme de RAM. La menace et les avantages de la gestion intégrée sont reconnus dans le Plan d'action mondial pour la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles, qui souligne également les avantages de la gestion intégrée: il existe également une susceptibilité accrue à l'infection chez les personnes atteintes de maladies non transmissibles préexistantes : d'où l'importance de la gestion intégrée des maladies dans les soins de santé primaires et de référence. 

Elections présidentielles en France : LETTRE Du Président de l'Alliance
Alliance Contre le Développement des Bactéries MultiRésistantes, ACdeBMR /WAAAR,
le Docteur Jean CARLET- 
envoyée à chaque candidat et candidate
à l’élection présidentielle en France.

Le 12/04/2017

Madame, Monsieur 

La résistance des bactéries aux antibiotiques est un très grave problème de santé publique, impliquant l’ensemble de la population. Une étude récente de l’Institut National de Veille Sanitaire montre qu’en France, 158 000 malades sont victimes annuellement d’une infection liée à des bactéries multi-résistantes, et que 12 500 d’entre eux en meurent. Sept cent mille personnes décéderaient dans le monde de cette pathologie chaque année. Une simulation effectuée par la Rand Corporation estime à 10 millions le nombre annuel de décès en 2050 si rien n’est fait pour lutter contre ce fléau. Le cout de la résistance aux antibiotiques est considérable.
La résistance aux antibiotiques est essentiellement liée à une surconsommation de ceux-ci. Malgré plusieurs plans nationaux la France reste parmi les plus gros consommateurs en Europe (trois fois plus que la Hollande et les pays Scandinaves).
Il existe d’autres phénomènes qui expliquent cette résistance. L’un d’entre eux est l’importation en provenance de nombreux pays de bactéries hautement résistantes, voire résistantes à tous les antibiotiques. Les pays les plus atteints sont l’Italie, la Grèce, l’Inde, la Chine, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Enfin, un phénomène très important est la contamination de l’environnement qui est importante, et de mieux en mieux étudiée. Ainsi, le concept de développement durable s’applique parfaitement aux antibiotiques. Les antibiotiques sont donc un trésor dont l’efficacité doit être préservée.
La résistance des bactéries aux antibiotiques a été en très forte croissance ces dernières années. Très peu d’antibiotiques ont été développés ces deux dernières décennies, et très peu sont anticipés dans un avenir proche. Le risque de ne plus disposer d’antibiotiques efficaces est réel. Les conséquences en terme de santé publique seraient bien évidemment incalculables. En particulier, des actes médicaux considérés actuellement comme banaux (chirurgie lourde, transplantations d’organes, traitements immunosuppresseurs, séjours en réanimation et en néonatologie) deviendraient impossibles car trop à risque. De nombreux échecs surviennent d’ores et déjà, et des pathologies jusque-là faciles à traiter par des antibiotiques oraux, comme les infections urinaires nécessitent maintenant une forme intraveineuse, et donc une hospitalisation. Aussi, plusieurs pays ont considéré que ce problème était désormais une priorité nationale. Par exemple, le Président Barack Obama et le Premier Ministre David Cameron ont pris des positions très fermes sur cette problématique, en libérant des budgets très importants pour les années à venir. L’Organisation mondiale de la Santé a mis en place une vaste campagne internationale appelant tous les pays à réagir et à installer des plans nationaux vigoureux. Le G20 et le G7 ont placé l’antibiorésistance comme une priorité de santé publique. Le problème a également été discuté lors d’une Assemblée générale aux Nations Unies.
Madame la Ministre de la Santé a mis en place, en janvier 2015, un groupe de travail spécialement dédié à la préservation des antibiotiques. J’ai eu l’honneur de présider ce groupe. Le 23 septembre 2015, nous avons remis notre rapport à Madame la Ministre. Parmi les 4 mesures les plus importantes de ce rapport figurait le très vif espoir que la résistance aux antibiotiques puisse être retenue comme Grande Cause Nationale pour 2016.Ce n’a pas été le cas en 2016, et 2017. 
Le Comité Interministériel pour la Santé (structure créée en 2014) s’est saisi de thème de l’antibiorésistance et a travaillé pendant 14 mois pour proposer une feuille de route, présentée en novembre 2016 par la ministre de la santé. Malheureusement, ni Mr Valls (qui préside le CIS), ni le président Hollande, à l’inverse de Mr Obama et Mr Cameron, n’ont cru bon de communiquer sur ce fléau. C’est vraiment très dommage.
Nous avons créé il y a un an une coalition composée de huit associations à but non lucratif, type Loi 1901 (dont une association d’usagers) : l’Alliance Contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR) ; Lutte, Information, Etude des Infections Nosocomiales et Sécurité Sanitaire (LIEN) ; la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) ; la Société Française de Microbiologie (SFM) ; la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) ; l’Observatoire National de l’Epidémiologie de la Résistance Bactérienne (ONERBA) ; l’Institut Maurice Rapin ; l’Institut Pasteur ; la Fondation Mérieux. Cette coalition s’appelle : « Coalition contre l’antibiorésistance : ensemble sauvons les antibiotiques ». Ces associations représentent plus de 10000 personnes et sont les forces vives dans le domaine de l’infectiologie, de la microbiologie, et de la résistance aux antibiotiques.
Nous souhaitons attirer votre attention sur ce problème majeur de santé publique et espérons vivement que vous le considérerez dans votre programme pour les élections présidentielles.


En voulant croire que vous serez attentif à notre message, recevez, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.

 
Docteur Jean CARLET
Président de l’Alliance Contre le développement
des Bactéries Multi-Résistantes (ACdeBMR), pour
La coalition contre l’antibiorésistance « Ensemble
Sauvons les Antibiotiques » 
"Un centime pour sauver un patient de la RAM?" M RAJIV NATH, Hindustan Syringe

Interview en exclusivité avec M Rajiv Nath, Co-Directeur général de Hindustan Syringes & Medical Devices Ltd, Inde. Rajiv Nath est un défenseur passionné de la sécurité des injections et dirige HMD India, l'un des principaux fabricants de seringues et d'aiguilles dans le monde. Il est également le coordinateur du forum de l'AiMeD (Association of Indian Medical Device Industry) et a mené de nombreuses initiatives pour faire de l'Inde le centre manufacturier des dispositifs médicaux abordables et de haute qualité.
 

Pour plus d'informations: 
https://hmdhealthcare.com
Rappel: Interview du professeur W. Keevill dans notre numéro de mai, sur l’importance du cuivre pour les surfaces de contact
 
Professeur Bill Keevil, Directeur de l'Unité Santé environnementale à l'École des Sciences biologiques de l'Université de Southampton, est un chercheur spécialisé sur la contamination des surfaces, les biofilms et les mécanismes physiologiques d’adaptation de survie des pathogènes. Il est également membre du groupe de pilotage du réseau NAMRIP, « UK Network for Anti-Microbial Resistance and Infection Prevention.»
Pour plus d'informations: 
http://www.antimicrobialcopper.org/fr/r%C3%A9sistance-antimicrobienne
www.southampton.ac.uk/biosci/about/staff/cwk.page

Agenda des conférences et événements sur la RAM


19-20 mai 2017, Allemagne 

G20 Ministers of Health meeting, Berlin


 

22-31 mai 2017, Suisse

ONU, Genève, Assemblée mondiale de la Santé, Genève


 

1-2 juin 2017, Suisse

OMS, réunion du Conseil exécutif, Genève


 

1-2 juin 2017, USA

The 8th Annual International Antimicrobial Stewardship Conference, Washington University in St. Louis Department of Pediatrics, Pediatric Infectious Diseases Society, PEW Charitable Trust and Society of Infectious Diseases Pharmacists, St. Louis, MO. USA.
Web=link: http://www.sidp.org/event-2446166


 

20-23 juin 2017, Suisse

4th International Conference on Prevention & Infection Control (ICPIC 2017) / 4ème Conférence internationale sur le Contrôle Infectieux. (La RAM y est toujours au programme)

International Conference Centre Geneva (CICG), Genève

Web=link: http://www.icpic.com/conference-2017/


 

26-28 juin 2017, Allemagne

7th Symposium on Antimicrobial Resistance in Animals and the Environment (ARAE 2017) Johann Heinrich von Thünen Institut in Braunschweig – Allemagne. 
Sujets: Monitoring and epidemiology of AMR; AMR in the environment; AMR in animals and zoonotic pathogens; Novel and alternative approaches in fighting AMR; Novel diagnostic tools
Web=links: http://arae2017.de/arae-2017/    



28-30 juin 2017, Côte d'Ivoire
Symposium Securité des Patients et Partenariat Public Privés

Images de la cérémonie de lancement du Forum B to B santé 2017 du lundi dernier et les deux bulletins d'information sur le symposium technique régional SYMPOTECH 2017. 
Web=link: http://infodirecte.net/un-forum-regional-daffaire-b-to-b-sante-2017-sest-tenu-a-abidjan/



23-26 juillet 2017, France

9th IAS Conference on HIV Science (IAS 2017), the Palais des Congrès, Paris.

Web=link: http://www.ias2017.org/


 

11-14 octobre 2017, Mexique

IUATLD/UICTMR L’Union internationale contre la Tuberculose et les Maladies respiratoires, 48ème Conférence mondiale annuelle. Expo Guadalajara Convention Centre, capitale de Jalisco, Mexique

Web=link: www.theunion.org

Le Temps de la RAM/AMR-TIMES
Cette newsletter est publiée par les ONGs sans but lucratif: l’ACdeBMR/WAAAR et le SOI.
Mention légale: Seuls les auteurs nommés sont responsables des opinions exprimées dans cette publication. Le contenu n'engage pas les associations WAAAR ou SOI.
Le comité de rédaction: 

-Mostafa El Yamany (Egypte/Pays-Bas), Pharmacien, Ph.D. Candidat sur AMR, rédacteur en chef(m.elyomni@maastrichtuniversity.nl)
-Thibault de Gabiole (France/Suisse), Marketing et co-éditeur
-Natasha Frank (Suisse), designer, version imprimable
-Amr El-Ateek, (Egypte) Pharm.D., chercheur et collaborateur 
-Jérome Larché, (France), MD, chercheur et collaborateur 
-Nora Mahfouf, (Algérie) Ph.D. chercheur sur la RAM, traducteur & collaborateur
-Jean-Jacques Monot, (France) Ingénieur informatique, base de données et édition
-Youssouf Baptiste Kanoute (Mali/Suisse) PhD, Vétérinaire, collaborateur
-Aletha Wallace (Belgique/Liberia) Biotechnologie, Msc Santé Sc. Gestion, collaboratrice
-Garance Fannie Upham, Rédactrice en chef (garance@waaar.ch)
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Nous souhaitons encourager les membres de la WAAAR à renouveler leurs cotisations, seulement 30 euros par an, et 100 euros pour les ONG et les nouveaux abonnés pour devenir membres. Cela peut être fait sur le site sécurisé de la WAAAR: www.waaar.org (Cliquez sur l’onglet Adhésion. Nous prévoyons de lancer prochainement un journal en ligne.
À cette fin, et pour consolider une équipe de rédaction composée essentiellement de bénévoles, contactez l'équipe de rédaction si vous souhaitez contribuer aux publications ou au financement.
AMR CONTROL 2015 / 2016: L’ACdeBMR publie annuellement un livre -l'AMR CONTROL- avec plus de 30 experts de renommée mondiale pour chaque édition (2015 et 2016 et bientôt 2017) qui peut être librement téléchargée ou envoyé en format papier en remplissant le formulaire sur le site de l'éditeur londonien : www.globalhealthdynamics.co.uk

Vous pouvez consulter les numéros précédents de ce bulletin en cliquant ici, et si vous souhaitez vous abonner à la newsletter, cliquez ici. Vous pouvez également consulter la publication annuelle de WAAAR (Alliance mondiale contre la résistance aux antibiotiques) / ACdeBMR sur AMR ici: AMR control 2015 (ou à la nouvelle édition 2016).

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