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Hommage à Mario Bettati (1937-2017)
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Les membres de l’Association française pour les Nations Unies sont très affectés par la disparition de l'un de leur ancien Président, le doyen Mario Bettati, survenue le 23 mars 2017.

Après des études de droit marquées par l’influence intellectuelle de René-Jean Dupuy, il soutient une thèse consacrée au conflit sino-soviétique en 1971 (Armand Colin) sous la direction de ce maître admiré. Mario Bettati entame une carrière universitaire classique qui passe par le diplôme de l’Académie de droit international de La Haye et l’agrégation de droit public, obtenue en 1974. Professeur à Reims, de 1974 à 1981, il est en poste à Paris-Sud, de 1981 à 1988, devenant doyen de la faculté Jean-Monnet, avant d’être élu à l’Université Paris II où il enseignera de 1988 à 2006. Il est le cofondateur du Centre de recherche sur les droits de l’homme et le droit humanitaire (CRDH) et du DESS droits de l’homme et droit humanitaire qu’il dirigera jusqu’à sa retraite.

Parallèlement il assume des responsabilités éditoriales à la tête de la Revue générale de droit international public. Ses premières publications traduisent un vaste intérêt pour les relations internationales, avec deux Que-sais-je ? sur Le Nouvel ordre économique international en 1983 et un droit des organisations internationales en 1987. Il organise également avec Pierre-Marie Dupuy un colloque important sur les Organisations non gouvernementales et le droit international publié en 1986. Mais déjà, derrière ces titres savants se cache son goût de la pratique. Depuis 1984 il est conseiller juridique de la délégation aux fonctionnaires internationaux, expérience technique qui servira de substrat à son cours de l’Académie de La Haye, Recrutement et carrière des fonctionnaires internationaux, publié en 1987. Par la suite, il sera membre de la Commission de la fonction publique internationale de 1993 à 2005.

Mais le grand combat de sa vie sera celui mené auprès de Bernard Kouchner qui l’appelle à ses côtés au secrétariat d’Etat à l’action humanitaire en 1988 et qu’il retrouvera dans la mission des Nations Unies au Kosovo en 1999, puis comme « conseiller personnel » au ministère des affaires étrangères de 2007 à 2010. Un grand colloque organisé en 1987 sous le titre « droit et morale humanitaire » marque le lancement politique des concepts d’ingérence humanitaire, en pleine cohabitation avec le double parrainage du président de la République, François Mitterrand, et du Premier ministre, Jacques Chirac. Mario Bettati et Bernard Kouchner publient les actes du colloque sous le titre Le devoir ingérence chez Denoël en 1987, en attendant dix ans plus tard, une vaste synthèse  juridique du doyen Bettati sous le titre Le droit d’ingérence, mutation de l’ordre international, paru chez Odile Jacob en 1996. Sa pratique assidue des Nations Unies, notamment du comité des sanctions du Conseil de sécurité, lui donne une perception très fine des contradictions de la vie internationale. Fidèle à cette exigence morale qui traverse le droit, il ne cessera de défendre avec brio, nuance et subtilité, à travers de nombreux articles de circonstances, la notion juridique d’ingérence humanitaire, contre les caricatures bellicistes qu’on va voulu en faire, jusqu’aux récents dévoiements en Libye ou en Syrie de la « responsabilité de protéger ».

Il sera nommé vice-président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme de 1996 à 2002, marquant l’élargissement des compétences de la CNCDH à l’action et au droit humanitaire. A l‘occasion du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il sera à l’origine avec Olivier Duhamel d’un commentaire collectif visant le grand public publié par Le Monde en 1998. Mario Bettati a également joué un rôle important au sein de l’AFNU, à la suite de René-Jean Dupuy, organisant une série de journées thématiques sur l’ONU et la drogue (Pedone, 1995) ou sur les journalistes.

Ces dernières années, malgré de cruels problèmes de santé, Mario Bettati ne cessera d’être présent par la plume et la parole, revisitant ses thèmes de prédilection pour publier chez Odile Jacob, avec la même élégance intellectuelle, le même souci pédagogique et la même rigueur juridique des ouvrages sur Le Droit international de l’environnement en 2012, le terrorisme en 2013, le trafic des drogues en 2015 et Le Droit de la guerre en 2016. A l’occasion de la sortie de ce dernier livre, il avait fait de nombreuses interventions à la radio, soucieux jusqu’à ses dernières forces d’être présent dans la bataille des idées. Son sens de l’amitié, sa verve et sa vivacité, sa bienveillance et sa générosité allaient de pair avec un goût de la vie, plus fort que toutes les tristesses, les douleurs et les déceptions, Mario Bettati restera ce juriste brillant et courageux qui a voulu transformer le droit pour changer le monde.

L'AFNU adresse ses sincères condoléances à sa famille et ses proches.

 

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