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Le Panier à Salade propose une sélection hebdomadaire de liens de l'actualité police-justice.

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Interview

Sander Flight est chercheur et consultant. Il accompagne les services de police et les municipalités voulant adopter des caméras-piétons. Début octobre, il a publié un article résumant les différentes recherches menées autour du dispositif

 

Le Panier à salade : Qu'avez-vous pensé du rapport publié par le ministère de l'intérieur sur l'expérimentation des caméras-piétons par les polices municipales ?

Sander Flight : Le rapport est intéressant pour ce qu'il dit, mais surtout pour ce qu'il ne dit pas. C'est un texte politique, un rapport qui satisfait tout le monde. Il n'y a que de partisans, aucune opposition. Il y a pourtant des inconvénients à ces utilisations. Des coûts notamment financiers, pour la formation des agents ou pour payer celui qui regarde les enregistrements. Des coûts aussi concernant la vie privée, il n'est fait aucune mention de ça dans le rapport.

Ça n'est jamais aussi simple et ce n'est pas normal que ça se passe de la même manière dans 198 communes… Par ailleurs, tous les chiffres sont des moyennes, ce n'est pas le plus intéressant. Il y a toujours des différences dans les situations. En plus, il faut environ six mois entre l'achat et une utilisation normale.
 

LPS : De nombreuses polices municipales ont indiqué ne jamais avoir réalisé d'enregistrement, qu'en pensez-vous ? Comment établir un bon protocole d'utilisation ?

SF : Si la police n'a pas de raison d’enregistrer, c'est qu'il n'y avait pas de raisons au départ d'utiliser une caméra. S'il y avait un réel problème de violences contre les policiers, il faudrait qu'il y a au moins un enregistrement lors de chaque patrouille, ou au moins une fois par semaine. Avec ces dispositifs, les politiques se disent «On a la technologie, trouvons un problème qu’elle pourra résoudre», alors qu’il faudrait partir systématiquement du problème.

Il faut se poser trois questions lors de la mise en place d'un dispositif de caméras-piétons. La première : qui porte les caméras ? Est-ce que ce sont seulement les volontaires ou non ? Si un policier peut choisir, ça ne fonctionnera jamais comme un outil de contrôle. Seuls les geeks, les jeunes hommes vont les porter. La deuxième : qui décide ce qu'il faut enregistrer ? Est-ce que c'est la personne qui porte la caméra ? Est-ce qu'il y a une règle précise ? La troisième : qui a accès aux enregistrements ?

Ces trois questions sont intimement liées et un choix influence les deux autres. Par exemple, si l'accès aux vidéos est très large, beaucoup ne vont pas enregistrer, sachant que tout le monde peut les regarder. La Caroline du Sud est le premier état où il est obligatoire pour les policiers de porter une caméra et de tout enregistrer. La contrepartie, c'est qu’il a été décidé que les images des caméras ne sont pas des informations publiques, les citoyens ne peuvent y accéder. Personne ne peut visionner les images, à part le ministère public.
 

LPS : Que disent les études scientifiques de l'efficacité de ces dispositifs ?

SF : Les caméras-piétons ont été introduites aux États-Unis comme une réponse à la violence policière. Beaucoup de citoyens pensent que la police abuse de ses pouvoirs. Après le drame de Ferguson (Missouri, États-Unis) de nombreuses personnalités politiques, mais aussi des défenseurs des droits civiques ont demandé à ce que la police soit plus transparente. Une partie du plan de Barack Obama était d’équiper les policiers de caméras-piétons. Près de 55 000 caméras équipent depuis les policiers. En Europe, a contrario, ça n’a jamais été proposé à la suite d’un manque de confiance dans les policiers, mais plutôt comme un outil pour faciliter le travail de la police. Il faudrait donc se demander dans quelle mesure les expérimentations américaines sont pertinentes concernant les polices européennes.

Comme les études se sont déroulées principalement dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Canada, Australie et Royaume-Uni), la plupart du temps, elles utilisent comme indicateurs le nombre de plaintes contre les policiers. Neuf études atteignaient des standards scientifiques, dont sept se concentraient sur les plaintes. Dans cinq cas, les résultats montrant une chute des plaintes, dans deux autres, il n'y en avait pas. Quatre études se sont penchées sur l'utilisation de la force par la police, trois disaient que les caméras-piétons étaient efficaces. Mais aucune étude, de qualité scientifique, n'a été menée sur la réduction de la violence contre les policiers.

Je mène un essai comparatif aléatoire contrôlé avec la police d’Amsterdam (Pays-bas), le premier de son genre en Europe, à ma connaissance. Dans cette étude, je me concentre sur les violences contre la police, la raison donnée par la plupart des polices européennes pour utiliser les caméras-piétons. Les résultats seront publiés au printemps 2019.


📹 Retrouvez l'ensemble des articles partagés par Le Panier à salade sur les caméras-piétons.
 

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Cette édition est préparée par Alexandre Léchenet ; pour en savoir plus sur le Panier à salade



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